Production : une dynamique profonde à soutenir

De la relocalisation au renforcement des capacités, les industriels sont au rendez-vous de l’autonomie sanitaire et du besoin fort d’innovation pour lutter contre la pandémie. Avec des changements structurels, entre transition énergétique et numérisation, synonymes également d’opportunités.

 

De l’identification des 148 Territoires d’industrie jusqu’aux mesures de « réarmement industriel » du plan France Relance de 35 milliards d’euros, l’année passée traduit un changement de cap majeur et salutaire pour les industries de santé.
Après une crise sans précédent, la priorité est donnée à la souveraineté sanitaire pour sécuriser les chaînes d’approvisionnement sur des molécules essentielles, mais également reconstruire des capacités et internaliser à nouveau des productions. Avec, en parallèle, la volonté d’encourager un sourcing vertueux de proximité pour l’innovation et nouer des partenariats plus étroits avec les territoires. « Notre site a fait preuve de résilience dans la crise pour continuer de produire et distribuer pour le monde », note Arnaud Girard, directeur industriel chez Servier Gidy qui exporte vers 115 pays. « Sous le signe du changement, la dynamique de relance est associée à des enjeux forts d’innovation soutenus par les investissements d’avenir en matière de R&D, de modernisation des outils industriels, d’empreinte carbone et de création d’emplois. »

ÉMULATION POSITIVE

Cette relance entretient une émulation positive qui tire vers le haut la performance des sites de production dans les territoires. Les projets d’investissements sont variés : certains créent de nouvelles unités de production, à l’image de Recipharm Monts qui remplit et conditionne le vaccin Moderna. D’autres étendent des infrastructures existantes pour augmenter et moderniser leurs capacités de production, ou les rendre plus productives et flexibles ; c’est le cas de Servier Gidy qui investit pour relocaliser notamment deux médicaments d’intérêt thérapeutique majeur dans l’hypertension (encadré ci-dessous). D’autres encore vont jusqu’à développer et mettre à l’échelle industrielle des procédés technologiques innovants, comme chez Chiesi qui produit un aérosol-doseur médicamenteux à empreinte carbone minimum pour l’asthme et la BPCO à La Chaussée- Saint-Victor, près de Blois (Loir-et- Cher).

« La volonté est réelle de donner à la France une position de leader en matière d’innovation et d’industrie, continue Arnaud Girard. Avec un avant et un après-Covid, dans la manière de penser la santé comme stratégique et de créer des filières intégrées françaises et européennes garantissant un accès plus rapide à l’innovation. » 

PLUSIEURS DÉFIS

Si ces changements en faveur du « made in France » étaient attendus, il reste plusieurs défis à relever pour assurer que cette montée en puissance soit un succès. L’investissement est au coeur de la problématique pour réussir l’augmentation de capacités, mais également la transition sociétale et environnementale. « Mais tous les sites ne sont pas logés à la même enseigne, pointe Franck Vilijn, directeur industriel de Chiesi et président du Grepic. Le degré de complexité des marchés et des médicaments est toujours élevé, ainsi que le niveau d’exigences des autorités. » La vigilance reste donc de mise, d’autant que l’industrie pharmaceutique doit s’adapter rapidement tout en restant fiable. L’évolution vers l’usine 4.0 a encore franchi un cap. « Les technologies avancées nous permettent d’anticiper et de mieux maîtriser nos process de plus en plus complexes », note-t-il. Dans l’usine connectée, les données servent à améliorer les coûts et l’empreinte environnementale de la production, à optimiser l’approvisionnement et la logistique. Et cette modernisation revêt une dimension humaine considérable. L’accompagnement sur l’évolution des compétences et des nouveaux métiers est donc essentiel, tout comme le recrutement. « Nos métiers évoluent en lien avec le digital, la data, l’automatisation et l’informatique industrielle », note Arnaud Girard, engagé avec le groupe dans la digitalisation du site de Servier Gidy pour les cinq ans à venir. Un programme ambitieux qui s’accompagne de lean manufacturing pour renforcer la performance économique globale du site.

La volonté est de créer des filières intégrées françaises et européennes de production pour garantir l’autonomie sanitaire. ©DR.  

L’ENJEU DE LA RECONQUÊTE

Dans tous les cas, la politique de relance doit aider les sites français à tirer leur épingle du jeu dans l’économie mondiale de demain. Avec l’ambition in fine de reconquérir une place sur le podium. Premier producteur européen dans les années 1990 jusqu’en 2008, la France figure aujourd’hui au quatrième rang derrière la Suisse, l’Allemagne et l’Italie. Plusieurs mesures accentuent cette volonté de reconquête, notamment la réforme de l’accès précoce et un accord-cadre profondément rénové en faveur de l’attractivité et de la relocalisation.

« La prise en compte des investissements industriels dans les mécanismes de fixation et de révision des prix du médicament devrait permettre de valoriser l’empreinte française et européenne », pointe Arnaud Girard. Au-delà, les débats s’orientent vers la construction d’une filière intégrée de la recherche à la production, puis l’accès au marché. « Plus il y aura de partage, d’alignement et de décisions rapides avec les autorités réglementaires, plus nous irons vite dans l’innovation et la réponse industrielle », ajoute-t-il.
Selon Jean-François Hilaire, vice-président de Recipharm, la question est aussi de développer plus avant le capital- risque en Europe de façon à assurer le financement de l’innovation pharmaceutique par des fonds européens. « Il y a urgence à promouvoir des partenariats publics privés plus structurés de façon à mieux valoriser la recherche universitaire », note-t-il. Dans cette reconquête de souveraineté industrielle et sanitaire, le Groupe IMT prend activement sa part dans les débats préfigurant la nouvelle Alliance France Bioproduction, mais également dans l’évolution des métiers de la biotechnologie dans le cadre du plan des compétences biotech à 2025, animé par le Leem. Il accompagne ainsi la nouvelle dynamique d’emplois et de croissance économique, et la défense du leadership de l’industrie française.

 

Arnaud Girard, Directeur industriel de Servier Gidy. ©DR

« Pérenniser les savoir-faire, les compétences et les emplois. »

« Dans le cadre de la stratégie du groupe Servier, nous allons relocaliser des volumes à Gidy, dans le Loiret, notamment la production de deux médicaments d’intérêt thérapeutique majeur dans l’hypertension. Pour ce faire, nous souhaitons aménager entièrement un bâtiment d’une de ses réserves foncières et l’équiper de nouvelles lignes de production. Nous avons déposé un dossier dans le cadre de France Relance pour être soutenus dans cet investissement qui permettra également d’augmenter les capacités de production tout en optimisant les coûts associés. C’est aussi le moyen de pérenniser les savoir-faire, le développement des compétences et les emplois. Plus d’un millier de personnes travaillent chez Servier Gidy, induisant un effet d’entraînement dans toute la région avec les emplois indirects. »

 

Hervé Galtaud, Directeur général du Groupe IMT

« Un enjeu de rapidité et d’efficacité dans l’élaboration de scénarios pédagogiques pertinents. »

« Avant la pandémie, les sites étaient déjà confrontés à la nécessité d’adapter et de développer les compétences pour répondre aux nouvelles exigences, notamment de digitalisation et de transition écologique, mais la crise a accéléré cet impératif. Il y a également un enjeu d’accompagnement sur le recrutement et l’emploi généré par les nouveaux projets liés aux vaccins ou à la relocalisation. Ce qui n’est pas évident sur un marché déjà sous tension. Grâce au maillage du territoire à travers ses différentes implantations, le Groupe IMT conforte sa possibilité de réactivité et d’action sur mesure, notamment auprès des opérateurs et conducteurs de ligne de conditionnement. Nous serons installés à Dreux en octobre et à Lille en fin d’année. Au-delà de la formation, nous apportons conseil et soutien dans l’élaboration de scénarios pédagogiques pertinents, avec un enjeu de rapidité et d’efficacité dans la mise en oeuvre. Nous accompagnons ainsi trois sites dans la montée en compétences de leurs collaborateurs dans le cadre de la production de vaccins contre la Covid. La situation exceptionnelle est aussi l’occasion de montrer notre agilité en proposant des parcours de formation, mixant présentiel et distanciel, ou qui réduisent les temps d’habilitation, souvent longs en asepsie. Ainsi, pour un site qui recrute une centaine de personnes sur une nouvelle production, le Groupe IMT intervient comme facilitateur pour former, mettre en situation sur le poste, tester les candidats au démarrage, et ainsi accélérer la procédure d’habilitation et d’intégration. »

 

Franck Vilijn, Directeur industriel de Chiesi ©DR

«Une transition technologique, sociétale et environnementale.»

« En 15 ans, Chiesi a quadruplé ses effectifs à l’usine de La Chaussée-Saint-Victor. Et la dynamique n’est pas près de s’arrêter puisque notre programme d’investissements court sur les dix ans à venir. Nous sommes lauréats de France Relance, qui marque une prise de conscience à la fois sur l’autonomie du pays, mais aussi un engagement sociétal dans le développement durable et la transition écologique. Dans ce sens, le Groupe IMT reste un partenaire clé pour l’enjeu de formation et d’évolution des compétences. »

 

Le délai de mise en oeuvre est un facteur clé. ©DR

Une prime à l’innovation pour les façonniers ?

Derrière cet effort sans précédent, il y a l’urgence de produire en France les antidotes au coronavirus. « Il y a un enjeu dans la rapidité de construction de nouvelles unités de production pour capitaliser sur les technologies innovantes telles que l’ARN messager, les vaccins à vecteurs viraux ou les protéines recombinantes, qui modifient la demande industrielle et les outils de production nécessaires », note Jean-François Hilaire, vice-président exécutif Strategy & Global Integration de Recipharm. Le façonnier est engagé dans le doublement de ses capacités de production du vaccin à ARN messager de Moderna à Monts (Indre-et-Loire). Le projet de 50 millions d’euros est soutenu par l’État. Dans la compétition internationale, le délai de mise en oeuvre est un facteur clé d’attractivité, impliquant de revoir les façons de travailler : concevoir des usines à base d’éléments modulaires, accélérer l’obtention du permis de construire en collaboration avec l’administration, mais aussi la qualification et la mise en oeuvre des machines avec les fournisseurs… « L’enjeu est d’impliquer l’ensemble des parties prenantes pour arriver à des solutions réellement compétitives », note-t-il. Avec l’opportunité pour les façonniers de se positionner sur de nouvelles technologies jusqu’à la mise sur le marché. Un axe de travail clairement identifié chez Recipharm pour les prochains mois.

 

Investissements : les industriels répondent à l’appel

Selon les premiers résultats de l’Observatoire du Leem, avec le soutien du cabinet Roland Berger, l’attractivité de l’Hexagone a résisté à la crise de la Covid. Non seulement la dynamique d’investissements s’est maintenue, atteignant 9,3 milliards d’euros en 2020, mais certains signes annoncent un renouveau industriel en faveur des thérapies innovantes. Zoom sur les premiers signes de la reconquête !

Magazine Passerelles 78 Groupe IMT – septembre 2021

 

« Un acteur de longue date à l’avant-poste dans les molécules biologiques. »

Stéphane Ameille, Directeur de LEO Pharma à Vernouillet, près de Dreux (28) ©DR

En quoi le site de LEO Pharma Vernouillet est-il un « fer de lance » ?
L’usine de Vernouillet produit et conditionne des seringues d’héparine de bas poids moléculaire (HBPM) destinée à traiter les thromboses veineuses profondes, de manière curative ou prophylactique. Ce médicament est utilisé en chirurgie orthopédique, en gynécologie et, de plus en plus, en oncologie. Cet anticoagulant est un produit 100 % européen. L’extraction du principe actif de la muqueuse intestinale de porc est effectuée à l’usine LEO d’Esbjerg, au Danemark, avant une élution à celle de Cork, en Irlande. La tinzaparine résultant de ces transformations chimiques arrive ensuite à Vernouillet pour être mélangée à l’eau PPI (pour préparation injectable) et mise en seringues. Le site est effectivement stratégique pour le groupe danois : il propose une source d’héparine de premier ordre pour l’Europe et est, également, un perpétuel terreau d’opportunités de croissance pour le groupe, dont les aires thérapeutiques majeures sont la dermatologie médicale et la thrombose.

Comment décrire votre dynamique ?
Depuis la fin des années 50, LEO Pharma France n’a eu de cesse d’investir sur le territoire pour répondre à la demande en France et à l’international, puisque le groupe distribue son héparine dans plus de 30 pays. Nous sommes en phase de validation d’une nouvelle ligne de remplissage, de conception européenne et très high tech. Cette ligne à haute cadence sera associée à un équipement sophistiqué d’inspection des seringues afin d’assurer une mise à disposition fiable et rapide du produit. Ces évolutions s’inscrivent dans le mouvement des biotechnologies, dont les enjeux sont colossaux. Avec une prise en compte du développement durable autour des questions d’ergonomie, de sécurité et d’énergies propres, l’objectif du groupe étant de diviser par deux son empreinte carbone d’ici à 2030.

Comment expliquer la pérennité du site en France ?
Le Groupe LEO, dont la Fondation LEO est propriétaire majoritaire, fait confiance à l’implantation sur le territoire et aux compétences locales pour maintenir le site au plus haut niveau. Catherine Mazzacco, présidente et CEO du groupe, était présente au sommet Choose France, le 28 juin dernier, pour réaffirmer l’ambition de LEO de poursuivre son développement sur le sol français. Avec 400 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2020 et un effectif de plus de 600 collaborateurs entre Voisins-le-Bretonneux (78) et le site de Vernouillet (28), LEO Pharma France reste la première filiale du groupe.

« Nous cherchons à capitaliser sur une croissance durable à partir des nombreuses compétences de notre site. »

Comment voyez-vous l’arrivée de l’IMT à Dreux ?
Cette arrivée est une excellente nouvelle. À Vernouillet, notre effectif est passé de 360 à 400 en 2020. Évoluant dans un environnement technologique sophistiqué et exigeant, nous avons besoin de collaborateurs très qualifiés. LEO collabore depuis longtemps déjà avec l’IMT, via l’accueil d’alternants TPCI et TSPCI notamment. Afin de faire face aux défis et d’assurer une montée en compétences des équipes, le partenariat entre l’IMT et LEO va assurément s’étendre. La plateforme drouaise, orientée vers l’industrie 4.0, vient à point nommé avec son plateau technique d’automatisation. Nous allons avancer ensemble sur ces sujets d’intérêt commun, afin qu’industriels et organismes de formation restent aux avant-postes du développement du pays !

Magazine Passerelles 78 Groupe IMT – septembre 2021

Dossier réalisé par Marion Baschet Vernet, extrait du magazine Passerelles 78 – septembre 2021.